Le premier ministre Carney devrait se doter de lignes directrices strictes pour redéfinir les relations entre le Canada et la Chine
Alors que le Canada renforce ses liens commerciaux avec la Chine, il doit également maintenir des garde-fous solides pour défendre la sécurité dans la région indo-pacifique et la paix dans le détroit de Taïwan. La pression militaire croissante exercée par Pékin, sa coercition économique et son rapprochement avec la Russie menacent les chaînes d’approvisionnement mondiales et la stabilité internationale, ce qui rend indispensable, pour les intérêts du Canada, de trouver un équilibre entre engagement et dissuasion.
La place de la Liberté à Taïwan.
S’il est important que le Canada conclue un accord commercial avec la Chine sur des questions telles que le colza canadien et qu’il accueille favorablement les investissements chinois qui soutiennent la croissance économique, il est tout aussi important qu’il maintienne des garde-fous solides lorsqu’il défend la sécurité de la région indo-pacifique aux côtés de ses alliés.
Alors que la République populaire de Chine (RPC) a étendu son influence ces dernières années dans les pays du Sud, l’Arctique, la mer de Chine orientale et méridionale, ainsi que dans le détroit de Taïwan, la défense de la sécurité de Taïwan est devenue non seulement un engagement fondé sur des valeurs, mais aussi un impératif de sécurité mondiale. Malgré son nom, qui suggère la retenue, l’opération « Justice Mission 2025 » de l’Armée populaire de libération (APL) a donné lieu à une nouvelle série d’exercices militaires, qui a encerclé Taïwan l’année dernière.
Bien que ces manœuvres ne se soient pas déroulées avec la violence immédiate d’un conflit tel que la guerre en Ukraine, les médias internationaux placent souvent les développements dans le détroit de Taïwan au même niveau que d’autres crises mondiales majeures. En effet, la pression militaire croissante exercée par la Chine autour de Taïwan reflète une tendance plus large à un comportement assertif, avec des implications significatives pour la stabilité régionale et la paix mondiale.
Il convient notamment de noter que la Chine s’est alliée à la Russie sur le front de la guerre en Ukraine. La Chine et la Russie ont renforcé leur alignement par le biais de forums tels que le BRICS et ont élargi leur coopération stratégique, notamment grâce à l’augmentation des investissements chinois dans le cadre de la «Route de la soie polaire», visant à soutenir le commerce et l’accès à l’Arctique. Elles se sont également livrées à des tactiques intensives de «zone grise» à l’égard de Taïwan, notamment l’infiltration des médias, la coercition économique, la répression transnationale et le sabotage de câbles sous-marins essentiels aux communications dans la région du Pacifique occidental.
La Chine tente d’affaiblir la démocratie taïwanaise et de compromettre la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan. Alors que plus de la moitié du trafic mondial de conteneurs transite chaque année par cette voie navigable internationale, l’ampleur des répercussions ne doit pas être sous-estimée. Tout conflit naissant dans le détroit de Taïwan aura des répercussions sur le monde entier, y compris sur le Canada.
Taïwan a salué la déclaration publiée par le Canada et les pays du G7 à la suite de l’escalade des activités militaires de la République populaire de Chine. Mais il serait plus efficace que le monde libre, y compris le Canada, fasse preuve de fermeté en s’engageant aux côtés de Taïwan et en continuant d’envoyer des navires de guerre pour effectuer des patrouilles de routine dans le détroit de Taïwan à des fins de dissuasion, tout en menant des discussions avec la Chine sur le commerce, l’énergie et l’agriculture.
La question de Taïwan n’est pas un simple sujet de discussion bilatéral isolé, mais une préoccupation majeure en matière de sécurité internationale pour les parties prenantes de la région. Par ailleurs, la Chine s’est déjà servie du commerce avec le Canada comme d’une arme par le passé, et pourrait très bien le faire à nouveau. Si le Canada entreprend à l’avenir des actions visant à protéger les droits humains de ses citoyens contre la répression transnationale de la Chine, à lutter contre la surcapacité et les comportements non conformes aux règles du marché émanant de Chine, ou à défendre l’ordre international fondé sur des règles d’une manière qui ne correspond pas aux prétendus « intérêts fondamentaux » de la République populaire de Chine, il doit s’attendre à des représailles politiques et diplomatiques.
Taïwan en a fait l’expérience directe. Lorsque notre gouvernement s’est montré ferme dans la défense de la souveraineté nationale de Taïwan, les autorités de Pékin ont commencé à délivrer des mandats vexatoires à l’encontre de nos responsables politiques et ont temporairement interdit aux entreprises chinoises d’importer un large éventail de produits agricoles taïwanais, notamment des ananas, des pommes-sucres et des mérous. À l’instar de la manière dont ils ont ciblé la famille du député Michael Chong, les communistes chinois ont divulgué publiquement les données personnelles du parlementaire taïwanais Puma Shen en publiant des photos satellitaires de son domicile et de son lieu de travail.
Alors que la géopolitique façonne de plus en plus les relations entre États et que les chaînes d’approvisionnement sont davantage liées à la stratégie nationale qu’à la mondialisation, de nombreuses entreprises transnationales ont rapatrié ou délocalisé leur production vers des pays démocratiques dotés de réglementations transparentes et prévisibles. Cependant, le Canada semble rechercher un nouvel équilibre économique avec la Chine, alors que le libre-échange et le multilatéralisme cèdent la place à de nouveaux droits de douane et au protectionnisme.
Alors que le Premier ministre Carney a conclu un nouveau partenariat avec son homologue de la République populaire de Chine sur le commerce et le renouveau des relations, Taïwan espère qu’il pourra également établir des garde-fous solides et exprimer le soutien du Canada à un statu quo pacifique dans le détroit de Taïwan à son retour au pays. Taïwan, à l’instar de tant d’autres acteurs de la région, est prêt à approfondir son partenariat avec le Canada afin d’établir des chaînes d’approvisionnement fiables, résilientes et prévisibles, caractérisées par une protection solide de la propriété intellectuelle et par des protocoles rigoureux en matière de commerce équitable. Des minéraux critiques au gaz naturel liquéfié, en passant par le captage du carbone et l’intelligence artificielle, nous pouvons repousser les frontières de l’innovation et ouvrir de nouvelles voies vers la prospérité.
