Opinion

La nouvelle menace américaine : le Canada est-il vulnérable ?

Les résultats d’un sondage indiquent que les Canadiens se tournent vers des valeurs axées sur la sécurité en cette période d’incertitude et continuent de rejeter le mouvement MAGA.

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16 July, 2026
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Michael Adams
Par : Michael Adams

Au cours des cinq dernières années, les Canadiens ont traversé une série d’événements inhabituels qui ont mis à rude épreuve le tissu social du pays. Le premier d’entre eux a été la pandémie, qui a brutalement mis un terme à nos habitudes quotidiennes, tant à la maison qu’au travail. Cette crise a été suivie d’une forte hausse du coût de la vie qui a anéanti tout espoir de reprise économique post-COVID. Puis sont venues les menaces pesant sur notre économie, notre sécurité et notre souveraineté déclenchées par Donald Trump au début de son deuxième mandat en tant que président des États-Unis. Ces événements se sont produits dans un contexte d’aggravation de la situation internationale, notamment avec la poursuite de la guerre russo-ukrainienne en Europe et au Moyen-Orient. Que ne donnerions-nous pas tous pour retrouver le concept d’une journée sans actualité marquante ?

Il semble peu probable que ces expériences aient pu se dérouler sans influencer la façon dont nous nous percevons les uns les autres, ainsi que la manière dont nous percevons notre pays et le monde. Nos valeurs sociales reflètent ce que nous considérons comme important dans la vie – ce que nous cherchons à atteindre ou à éviter. Bien que ces valeurs soient plus durables que les opinions sur les derniers événements du jour, elles peuvent évoluer et évoluent effectivement. Et notre recherche en cours sur les valeurs sociales au Canada met en évidence des changements importants.

Un tournant vers la sécurité

Le plus notable d’entre eux est la montée, au cours des cinq dernières années, au sein de l’ensemble de la population canadienne, des valeurs liées à la survie et à la sécurité au sens strict. Cela implique un éloignement de ce que nous appelons les « valeurs d’épanouissement » – celles qui mettent l’accent sur les liens sociaux, la compréhension mutuelle et l’harmonie – au profit d’une plus grande acceptation, voire d’une admiration, de la puissance dure et de la domination. Cela inclut également une évolution vers des valeurs associées au sexisme et au patriarcat, ainsi que vers le fatalisme écologique – la conviction que causer des dommages à l’environnement est une conséquence acceptable de la poursuite des priorités économiques humaines. On observe également un attrait croissant pour ce qu’on appelle la « tendance autoritaire » – la tendance à considérer que les périodes difficiles exigent des dirigeants fermes qui n’ont pas peur de sortir des sentiers battus.

Rien de tout cela ne signifie que la majorité des Canadiens adhère au sexisme ou à l’autoritarisme. Il s’agit plutôt d’un changement de dynamique en ce sens. Ces orientations ne sont pas dominantes, mais elles sont moins marginales qu’auparavant.

Les Canadiens deviennent-ils plus « américains » ?

La question que soulève cette évolution est de savoir si cela signifie que les Canadiens deviennent, en un mot, plus « américains ». C’est une possibilité à laquelle je suis particulièrement attentif, ayant moi-même défendu il y a plus de vingt ans l’idée que c’était exactement le contraire qui se produisait. Dans Fire and Ice, un ouvrage publié pour la première fois en 2003, j’ai soutenu que, contrairement à certaines idées reçues de l’époque (notamment dans le sillage du libre-échange), les personnalités canadiennes et américaines divergeaient en réalité. Nos recherches sur les valeurs sociales montraient que, tandis que les Américains restaient fortement attachés à des valeurs telles que le patriarcat et la religiosité, les Canadiens suivaient une autre voie – remettant en question les formes traditionnelles d’autorité et s’orientant davantage vers un individualisme laïque.

Malgré les changements récents que j’ai évoqués, je ne pense pas qu’il soit temps de remettre en cause cette thèse. L’une des raisons tient à la force de notre rejet de l’idée que nous devrions cesser d’être canadiens. Neuf Canadiens sur dix déclarent ne pas vouloir accepter l’invitation à devenir le 51e État. Les Canadiens d’aujourd’hui sont en réalité plus hostiles à la perspective d’une annexion par les États-Unis et plus confiants que nous resterons indépendants qu’ils ne l’étaient pendant et immédiatement après les débats sur le libre-échange des années 1980.

Une distance croissante par rapport aux États-Unis

Trump lui-même bénéficie également de peu de soutien ici. Seuls 12 % des Canadiens approuvent la façon dont il s’acquitte de ses fonctions de président des États-Unis – et ce, avant même qu’il ne déclenche la guerre contre l’Iran. Au-delà de la personne du président, les Canadiens portent un regard de plus en plus critique sur l’Amérique. En 2025, plus de Canadiens que jamais (66 %) ont déclaré avoir une opinion défavorable à l’égard des États-Unis – un renversement complet de notre vision traditionnellement favorable.

Nous sommes désormais trois sur quatre à estimer que le gouvernement des États-Unis n’est pas digne de confiance.

Un nombre croissant de Canadiens s’inquiète tout particulièrement de la menace que les États-Unis représentent pour notre pays. La proportion de Canadiens qui considèrent les États-Unis comme des amis est tombée à 36 % après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour son second mandat – elle s’élevait auparavant à 89 %. Les Canadiens sont désormais à peu près aussi enclins à considérer les États-Unis comme un ami du Canada qu’à l’égard de l’Inde. Et ils sont désormais à peu près aussi enclins à considérer les États-Unis comme un ennemi du Canada qu’à considérer la Chine comme un ennemi du Canada. Plus frappant encore, 43 % estiment qu’une attaque militaire américaine contre le Canada – une perspective impensable depuis bien plus d’un siècle – est au moins quelque peu probable. Dix pour cent estiment qu’une telle attaque est « très probable » ou « certaine ».

Une autre étude menée par le groupe de recherche Environics met en évidence l’importance de l’attachement des Canadiens à la protection de leur souveraineté. Elle a demandé aux Canadiens quelles mesures, le cas échéant, ils prendraient « pour défendre le Canada contre une attaque militaire, une invasion ou une occupation par une puissance étrangère hostile ». La plupart d’entre nous (72 %) ont déclaré qu’ils prendraient au moins certaines mesures. En choisissant parmi une liste d’options, environ un quart des personnes interrogées ont déclaré qu’elles seraient prêtes à rejoindre une force de défense civile, 13 % ont indiqué qu’elles s’engageraient comme volontaires dans l’armée, et 15 % ont déclaré qu’elles « s’engageraient dans la résistance armée ». Fait remarquable, 16 % des Canadiens se sont dits « absolument » prêts à mourir pour défendre le Canada, tandis que 22 % supplémentaires étaient prêts à mourir « selon les circonstances ». Pour une société qui a tendance à se sentir plus à l’aise à l’idée de célébrer son histoire de maintien de la paix et sa capacité de collaboration multilatérale, la volonté déclarée du public de s’engager dans un conflit armé (ou du moins dans une résistance acharnée) est frappante.

Évolution des attitudes vis-à-vis de l’immigration

D’autres signes indiquent que les pressions subies ces dernières années n’ont pas complètement émoussé les traits distinctifs de la personnalité canadienne. Prenons l’exemple des opinions sur l’immigration. Nos enquêtes ont mis en évidence un renversement de la tendance observée depuis des décennies, selon laquelle une majorité de Canadiens exprimait des opinions principalement positives sur l’immigration. Depuis 2022, les Canadiens ont commencé à signaler que les flux demandés sont trop élevés. Mais lorsqu’on leur demande les raisons de leurs inquiétudes, ils sont plus enclins à citer la mauvaise gestion du gouvernement que l’aversion envers les étrangers. Même lorsqu’ils évoquent la hausse des prix de l’immobilier, les immigrés eux-mêmes ne sont pas vraiment la cible ; le public reproche généralement au gouvernement de ne pas avoir veillé à ce que l’offre de logements abordables suive la croissance démographique.

Par ailleurs, sept Canadiens sur dix continuent d’affirmer que les immigrés ont un impact positif sur l’économie. Seuls 15 % estiment que les immigrés ont un impact négatif sur leur communauté locale. Et 81 % des Canadiens affirment qu’une personne née à l’étranger a autant de chances d’être un bon citoyen qu’une personne née ici. Et alors même que les inquiétudes concernant les niveaux d’immigration ont grimpé en flèche, notre étude sur les valeurs sociales révèle que l’acceptation de la diversité culturelle au Canada, ainsi que l’intérêt et le sentiment de proximité envers les populations du monde entier, se sont renforcés.

Dans ce contexte, il convient de mentionner la récente enquête internationale menée par le Pew Research Center, dans laquelle les personnes interrogées étaient invitées à évaluer la moralité et l’éthique de leurs concitoyens. Parmi les 25 pays étudiés, le Canada arrive en tête de liste comme le pays où les gens sont les plus enclins à dire que leurs concitoyens sont fondamentalement des gens bien – moraux et éthiques. Les Américains, en revanche, sont les plus enclins à croire le contraire – à savoir que leurs concitoyens sont moralement mauvais.

Une génération plus incertaine

Malgré ces raisons d’être rassurés, la situation que connaissent les jeunes générations au Canada reste préoccupante. Au cours des cinq dernières années, les Canadiens en général (et pas seulement les jeunes) se sont sentis moins en sécurité quant à leur situation financière actuelle et moins optimistes quant à leur avenir. Et les causes ne sont pas uniquement financières. Les Canadiens expriment davantage de craintes face aux changements induits par la technologie et sont plus enclins à dire qu’ils ne se sentent pas vraiment en mesure de changer le cours de leur vie.

Là encore, ces tendances sont manifestes dans l’ensemble de la société – et pas seulement chez les jeunes. Mais comme les jeunes posent les fondations de leur avenir, un sentiment général d’insécurité et de pessimisme pourrait les toucher particulièrement durement – et renforcer encore davantage leur conviction que le statu quo doit changer.

Bien sûr, il n’y a rien de nouveau à ce que les jeunes aspirent au changement. Depuis que nous avons commencé à évaluer les valeurs sociales au Canada, les jeunes générations ont toujours été plus enclines à remettre en question l’autorité et à tenter de démanteler les hiérarchies qu’elles jugeaient injustes – entre hommes et femmes, au sein des groupes raciaux et religieux, voire entre les êtres humains et les écosystèmes qui les soutiennent. Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, en revanche, de nombreux jeunes expriment un fort attrait pour l’autorité, les règles, les traditions et les normes antérieures à l’environnement social dans lequel ils ont grandi. Certains jeunes Canadiens se sentent même attirés par certaines hiérarchies sociales auxquelles leurs parents et grands-parents s’étaient efforcés d’échapper.

D’une part, ces tendances dans les valeurs des jeunes marquent un renversement de la dynamique de la fin du XXe siècle, où les jeunes étaient globalement les moteurs d’un changement progressiste en opposition au conservatisme relatif des générations plus âgées. D’autre part, la période actuelle ressemble aux vagues passées de changement intergénérationnel, dans la mesure où les jeunes se rebellent contre les règles et les certitudes de leurs parents et grands-parents – des règles et des certitudes qui ne semblent plus correspondre au monde que les jeunes voient devant eux, ni à la vie qu’ils souhaitent pour eux-mêmes.

Ces changements de valeurs généraux que l’on observe chez les jeunes sont motivés par des préoccupations liées au pouvoir d’achat, au logement et à l’emploi – en soi, ils ne constituent pas nécessairement une branche canadienne du mouvement MAGA en marche. Pourtant, le Canada se trouve toujours à un tournant critique. Ce pays peut-il répondre aux besoins des jeunes tout en réorientant son économie afin qu’elle soit moins dépendante des États-Unis ? Pouvons-nous repenser nos relations internationales et accroître considérablement nos dépenses de défense tout en continuant de gérer des défis nationaux de longue date, tels que l’isolement régional ? Pouvons-nous rétablir la confiance dans un système d’immigration bien géré qui profite au Canada tout en favorisant l’intégration économique et sociale des immigrants et en mettant un frein à l’exploitation et aux abus ? Pouvons-nous faire en sorte que la diversité, l’équité et l’inclusion profitent à tous les Canadiens, en renforçant l’idée que les opportunités ne sont pas un jeu à somme nulle et que nous en tirons tous profit lorsque chacun peut réaliser pleinement son potentiel ? Et tandis que nous nous efforçons d’accomplir tout cela, pouvons-nous également trouver un moyen de vivre aux côtés d’un pays de plus en plus hostile, doté d’une population, d’une richesse et d’un pouvoir bien supérieurs aux nôtres – tout en restant le Canada ?

Pour ma part, je pense que nous continuerons à progresser face à ces défis – ensemble. Et ce faisant, nous parviendrons toujours à rester au Canada.

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