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Décarbonation de l’électricité en Amérique du Nord : que le courant passe !

Une des clés de la décarbonation de l’électricité en Amérique du Nord est un maillage accru des réseaux de transport d’électricité

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15 octobre, 2021
Lignes électriques au Québec. Onfokus/Getty Images

L’objectif de l’administration américaine de Joe Biden de décarboner le secteur de l’électricité aux États-Unis d’ici moins de 15 ans est ambitieux.

Au Canada, l’électricité est décarbonée à plus de 82 pour cent, contre seulement 39 pour cent aux États-Unis. C’est l’hydroélectricité qui explique cette situation avantageuse du Canada, avec 60 pour cent de la production venant de cette source d’énergie. Rappelons que l’objectif canadien est de décarboner le réseau électrique du pays à hauteur de 90 pour cent d’ici 2030.

Pour atteindre ces objectifs de réduction des gaz à effet de serre des deux côtés de la frontière, dans un horizon raisonnable, il faut des approches nouvelles, des mesures ambitieuses. Parmi les idées à exploiter, il y a celle-ci, toute simple pourtant : unir ses efforts, joindre ses atouts.

Cela peut sembler bien simple comme approche mais, en énergie, c’est loin d’être facile à réaliser.

Pour deux raisons : l’énergie est une juridiction provinciale ou étatique en Amérique du Nord, sans historique de développement intégrée entre les territoires ; et les lignes de transport ne sont pas toujours bien acceptées par les populations concernées, c’est-à-dire celles qui voient leur paysage transformé par l’apparition de pylônes, en général d’une hauteur de 60 mètres, supportant des conducteurs à haute tension.

L’absence d’intégration des réseaux de transport d’électricité

L’énergie électrique en Amérique du Nord est une prérogative des États locaux aux États-Unis, et des provinces au Canada.

Ces juridictions cherchent à atteindre la plus grande autonomie en matière d’énergie, pour ainsi dépendre le moins possible des autres pour se chauffer, s’éclairer, faire fonctionner les industries.

Dans le domaine de l’électricité, les provinces et les États américains se sont certes, avec le temps, interconnectés pour s’échanger de l’électricité selon les variations de leur demande locale. Mais ces interconnections se sont essentiellement faites de manière ponctuelle, en marge des planifications énergétiques des différents territoires.

« Il n’existe pas, ni au Canada, ni aux États-Unis, de collaboration régionale dans la planification du développement du réseau de transport d’électricité. »

Résultat : il n’existe pas, ni au Canada, ni aux États-Unis, de collaboration régionale dans la planification du développement du réseau de transport d’électricité.

Or, des études récentes le démontrent amplement : en ce contexte d’urgence climatique, les entreprises d’électricité ont tout intérêt à se mailler davantage, afin que la disponibilité des ressources renouvelables dans un territoire puisse contribuer à réduire l’utilisation de sources polluantes dans les territoires voisins.

Aux États-Unis, le réputé National Renewable Energy Laboratory (NREL) le précise explicitement dans une étude scientifique publiée en 2019 : des liens accrus entre les réseaux de transport d’électricité de différents États permettraient d’équilibrer la production et la demande en électricité avec moins d’équipements, ainsi que plus de fiabilité.

Au Canada, un rapport appuyant de manière convaincante une concertation accrue entre les États et les régions en Amérique du Nord a été réalisée en 2020 par le Chaire en gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

L’étude prévoit des économies potentielles, se chiffrant en milliards de dollars, advenant une coopération plus étroite entre les entreprises d’électricité du nord-est du continent. Mieux, décarboner le réseau électrique coûterait moins cher, et on irait plus vite, plus en profondeur.

Ce faisant, l’hydroélectricité canadienne, qui dispose de larges réservoirs, s’imposerait comme une véritable banque d’énergie, qui favoriserait le virage vers des énergies alternatives intermittentes comme éoliennes et solaires. De plus, si une centrale hydroélectrique peut être arrêtée et redémarrée en quelques minutes, une centrale au gaz nécessite quelques heures. L’hydroélectricité canadienne agirait donc, pour les opérateurs électriques, comme une énorme batterie rechargeable.

Comme le révèle une autre étude du NREL, publiée en juin 2021, une coopération internationale accrue ajouterait d’ici 2050 quelques 30 milliards de « valeur nette » au réseau de transport nord-américain, tout en permettant une réduction des gaz à effet de serre, une baisse des coûts d’approvisionnement et une plus grande flexibilité opérationnelle, et donc davantage de fiabilité.

Cette idée d’une concertation énergétique élargie à plusieurs territoires est également préconisée par l’Accélérateur de transition, un organisme canadien visant à soutenir la transition du pays vers un avenir carboneutre. En juillet 2021, l’organisme a procédé au lancement de Réseau Canada, une initiative visant à accélérer l’intégration du réseau électrique nord-américain. On mentionne que l’intégration du réseau électrique est, en matière d’énergie, le « projet du 21e siècle ».

La bataille de l’acceptation des lignes de transport


Or, pour arriver à cette meilleure intégration, que ce soit entre le Canada et ses différentes juridictions ou avec les États-Unis, il faudra davantage de lignes de transport.

Même si de nouvelles lignes de transport ne permettraient qu’à faire transiter de l’énergie renouvelable, leur apparence ne gagne pas le cœur du grand public : ces lignes sont soutenues par d’énormes pylônes très voyants, qui parcourent de vastes territoires naturels.

Chaque projet de ligne amène ainsi son lot d’opposants, parfois soutenus par l’industrie du gaz, qui voit dans cette pénétration des énergies renouvelables une menace à ses ventes locales.

Il faut donc des efforts soutenus de la part des promoteurs de lignes pour faire approuver les projets par les différentes juridictions étatiques touchées par un tracé de ligne.

Si bien qu’on parle maintenant de « diplomatie du réseau électrique » pour rapprocher davantage les États dans la recherche de l’approbation publique nécessaire à l’implantation accrue de lignes.

Cette collaboration à intensifier avec notre partenaire américain en matière d’électricité devrait être un objectif central de la politique étrangère du gouvernement fédéral.

Le maillage de nos réseaux représente certes des revenus intéressants pour nos gouvernements provinciaux exportateurs d’électricité propre mais aussi – et c’est crucial –, une telle intégration du réseau électrique nord-américain est devenue une action essentielle pour réduire les gaz à effet de serre et pour contribuer à maintenir un environnement sain pour les générations à venir.

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