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Budget fédéral 2021 : défense et sécurité

Trudeau garde le cap alors que ses alliés se tournent vers l’Asie.

Par: et /
28 avril, 2021
VARSOVIE, POLOGNE - 15 AOÛT Une sous-unité des troupes canadiennes défile pendant la Journée des Forces armées le 15 août 2016 à Varsovie, Pologne. (Photo par Karol Serewis / Gallo Images Pologne / Getty Images)

Le budget fédéral présenté par la ministre des Finances Chrystia Freeland est une réponse ambitieuse à la pandémie, et aux failles qu’elle a révélées dans notre société. Mais du point de vue de la défense nationale, c’est comme si les dernières années n’avaient jamais eu lieu.

Le budget ne propose rien pour s’adapter à la rivalité grandissante entre les grandes puissances et au changement de posture marqué de plusieurs des alliés du Canada vers l’Asie, dont les États-Unis. Au lieu, le plan s’inscrit en continuité avec la politique de défense du Canada Protection, Sécurité, Engagement (PSE) de 2017. Le gouvernement Trudeau a gardé le cap, choisissant des investissements supplémentaires somme toute limités, qui ne risquent pas de faire de vagues lors de la prochaine campagne électorale alors que l’équipe libérale désire se concentrer sur des enjeux de politique domestique.

La réorientation stratégique des États-Unis vers l’Asie-Pacifique s’accélère depuis l’entrée en fonction du président Joe Biden. Le président américain en appelle au soutien de ses alliés pour appuyer et renforcer ce rééquilibrage face à la montée en puissance de la Chine. Le Canada, que ce soit par le biais du NORAD, de l’OTAN, du Groupe des cinq (Five Eyes), mais aussi par sa situation géographique stratégique, est appelé à se positionner plus explicitement, mais aussi à contribuer davantage à ce rééquilibrage vers l’Asie-Pacifique, à l’instar de ses alliés. Le budget de 2021 ne fait rien à ce niveau.

Le budget alloue un financement de 163,4 millions de dollars sur cinq ans pour la modernisation du NORAD, dont 111,1 millions en amortissement restant. Le budget de 2021 propose également de fournir un financement de 88,8 millions de dollars sur cinq ans, avec 48,7 millions en amortissement restant, et de 0,6 million par année par la suite, pour soutenir la capacité de défense continentale et arctique existante. Certainement un bon départ, ce financement ne sera toutefois pas suffisant pour moderniser le Système d’alerte Nord, jugé obsolète par certains experts. Sans doute, le gouvernement Trudeau navigue à vue, dans l’attente que les États-Unis précisent leurs demandes pour la modernisation du NORAD. Faute d’une mise à jour de sa politique de défense, le gouvernement Trudeau semble incapable à ce stade de mesurer les besoins de la défense territoriale du Canada.

Le budget confirme également que le gouvernement prolongera une mesure controversée visant à punir les entreprises qui soumissionnent pour des contrats militaires et qui ont « porté atteinte aux intérêts économiques du Canada ». La mesure a été introduite pour la première fois en décembre 2017 après que Boeing ait déposé une plainte contre Bombardier. Alors qu’elle ne s’appliquait qu’à la compétition de 19 milliards de dollars pour l’achat de nouveaux avions de chasse, le gouvernement propose de l’étendre à tous les grands marchés militaires. Certains y voient un indice que le gouvernement Trudeau prépare le terrain pour annoncer la sélection du F-35 de Lockheed-Martin comme prochain chasseur canadien l’an prochain plutôt que le Super Hornet de Boeing, ou même le Gripen de Saab.

En ce qui concerne l’OTAN, le budget de 2021 propose de fournir un financement de 541,2 millions de dollars sur cinq ans au ministère de la Défense nationale pour l’entretien de six chasseurs et d’une frégate supplémentaire dans le cadre de l’Initiative pour la disponibilité opérationnelle de l’OTAN. Le budget propose également de verser au ministère de la Défense nationale jusqu’à 305,9 millions de dollars sur cinq ans pour couvrir les contributions canadiennes accrues au budget commun et aux activités militaires de l’OTAN. Ceci pourrait inclure l’opération Réassurance en Europe centrale et orientale, dans le cadre des mesures de dissuasion de l’OTAN à l’égard de la Russie, ainsi que l’opération Impact, en Irak, où l’OTAN prendra en partie le relais de la coalition contre Daesh dirigée par les États-Unis.

En somme, la fameuse cible de 2% du PIB accordé aux dépenses en défense établie par l’OTAN et martelée par l’ancien président Trump ne sera toujours pas atteinte par le Canada, malgré cet apport financier supplémentaire. Le gouvernement Trudeau ne semble pas non plus prévoir des investissements supplémentaires afin de renouveler sa flotte de sous-marins approchant les cinquante ans ou encore pallier aux besoins des navires de combat de la Marine royale canadienne – qui pourraient coûter cinq fois plus cher que l’estimé initial de $14 milliards selon le dernier rapport du directeur parlementaire du budget.

Le budget fédéral est prudent, voire timide, en matière de défense nationale.

Le budget fédéral est prudent, voire timide, en matière de défense nationale. Au contraire de l’Australie et du Royaume-Uni, qui ont augmenté leurs budgets prévus et privilégié la région Asie-Pacifique dans leurs dernières politiques de défense, le Canada continue plutôt à prioriser l’Europe et le Moyen-Orient (à travers l’OTAN) et l’Amérique du Nord (à travers le NORAD). Ce budget s’inscrit en continuité avec les objectifs déjà établis par la politique PSE en 2017. Lorsqu’on considère que l’opinion publique canadienne se montre de plus en plus favorable à une hausse des dépenses militaires, ce budget représente une opportunité manquée d’injecter plus d’argent dans le domaine de la défense pour répondre à l’évolution du contexte international depuis le dévoilement de la politique de défense du pays en 2017.

Ce budget aurait été une belle occasion de manifester aux États-Unis un appui plus marqué à son changement de posture en Asie et de mettre de l’avant une démarche pour le Canada afin de faire face aux tensions croissantes entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Plutôt, le gouvernement de Justin Trudeau a choisi de mettre l’accent sur des enjeux qui relèvent de compétences provinciales – les garderies, les soins pour les personnes âgées et la santé mentale, par exemple – et de reporter à plus tard les grandes décisions auxquelles le Canada est confronté dans le monde.

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